lunes, 8 de febrero de 2010

LOS BENEFICIOS DE LA LUNA

La Luna, que es el mismo capricho, miró por la ventana mientras dormías en tu cama, y se dijo: "Esta niña me gusta".
Y descendió muellemente la escalera de nubes y pasó sin ruido a través de los cristales. Luego se extendió sobre ti con la ternura suave de una madre, y depositó sobre tu rostro sus colores. Tus pupilas se han quedado verdes, y tus mejillas extraordinariamente pálidas. De contemplar a esta visitante, tus ojos se han ensanchado tan singularmente; y con tanta dulzura te apretó la garganta, que conservaste para siempre el deseo de llorar.
Mientras tanto, en la expansión de tu alegría, la Luna llenaba toda la estancia con una atmósfera fosfórica, como un veneno luminoso; y toda esta luz viva pensaba y decía: "Tú sufrirás eternamente la influencia de mi beso. Tú serás bella a mi manera. Tú amarás lo que yo amo y me ama: el agua informe y multiforme; el lugar en que no estés; el amante que no conozcas, las flores monstruosas, los perfumes que hacen delirar, los gatos que se extasían sobre los pianos y gimen como las mujeres, con una voz ronca y dulce.
"Y serás amada por mis amantes, cortejada por mis cortesanos. Serás la reina de los hombres de ojos verdes cuya garganta apreté también en mis caricias nocturnas; de los que aman el mar, el mar inmenso, tumultuoso y verde, el lugar en que no están, la mujer que no conocen, las flores siniestras que semejan incensarios de una religión desconocida, los perfumes que turban la voluntad, y los animales salvajes y voluptuosos que son los emblemas de su locura."
Y por esto, maldita niña mimada, estoy ahora echado a tus pies, buscando en toda tu persona el reflejo de la temible Divinidad, de la fatídica madrina, de la nodriza emponzoñadora de todos los lunáticos.

(Fragmento)
(de El esplín de París)

Charles Baudelaire (Francia, París, 1821- 1867)
(Traducción de Ricardo Baeza)

Les Bienfaits de la Lune


La Lune, qui est le caprice même, regarda par la fenêtre pendant que tu dormais dans ton berceau, et se dit: "Cette enfant me plaît."
Et elle descendit moelleusement son escalier de nuages et passa sans bruit à travers les vitres. Puis elle s'étendit sur toi avec la tendresse souple d'une mère, et elle déposa ses couleurs sur ta face. Tes prunelles en sont restées vertes, et tes joues extraordinairement pâles. C'est en contemplant cette visiteuse que tes yeux se sont si bizarrement agrandis; et elle t'a si tendrement serrée à la gorge que tu en as gardé pour toujours l'envie de pleurer.
Cependant, dans l'expansion de sa joie, la Lune remplissait toute la chambre comme une atmosphère phosphorique, comme un poison lumineux; et toute cette lumière vivante pensait et disait: "Tu subiras éternellement l'influence de mon baiser. Tu seras belle à ma manière. Tu aimeras ce que j'aime et ce qui m'aime: l'eau, les nuages, le silence et la nuit; la mer immense et verte; l'eau uniforme et multiforme; le lieu où tu ne seras pas; l'amant que tu ne connaîtras pas; les fleurs monstrueuses; les parfums qui font délirer; les chats qui se pâment sur les pianos et qui gémissent comme les femmes, d'une voix rauque et douce!
"Et tu seras aimée de mes amants, courtisée par mes courtisans. Tu seras la reine des hommes aux yeux verts dont j'ai serré aussi la gorge dans mes caresses nocturnes; de ceux-là qui aiment la mer, la mer immense, tumultueuse et verte, l'eau informe et multiforme, le lieu où ils ne sont pas, la femme qu'ils ne connaissent pas, les fleurs sinistres qui ressemblent aux encensoirs d'une religion inconnue, les parfums qui troublent la volonté, et les animaux sauvages et voluptueux qui sont les emblèmes de leur folie."
Et c'est pour cela, maudite chère enfant gâtée, que je suis maintenant couché à tes pieds, cherchant dans toute ta personne le reflet de la redoutable Divinité, de la fatidique marraine, de la nourrice empoisonneuse de tous les lunatiques.




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