lunes, 14 de septiembre de 2009

EL BARCO EBRIO

Cuando descendía por impasibles ríos,
dejé de sentirme guiado por los remolcadores:
pieles rojas vocingleros, para hacer puntería,
los clavaron desnudos en postes de colores.

No me importaban las tripulaciones,
lleven trigo flamenco o algodón inglés:
cuando todo tumulto cesó con esa gente,
los ríos me dejaron ir libre como un pez.

Por los furiosos chapoteos de las mareas,
en invierno, más sordo que el cerebro de un niño,
¡corrí! Y las penínsulas desamarradas
jamás han soportado caos más triunfal.

La tempestad bendijo mis auroras marítimas.
Más ligero que un corcho bailé sobre las olas,
que se llaman eternas arrolladoras de víctimas.
¡Diez días sin nostalgia del ojo de los faros!

Más dulce que a los niños las manzanas primeras
el agua verde entró en mi casco de pino
y dispersó el timón y lavó mis maderas
de vómitos y manchas azuladas de vino
.

Y desde aquel entonces, me bañé en el poema
del mar, lactescente, infundido de estrellas,
devorando azul verde, en el que flota absorto
y a veces baja pensativo
un ahogado.

¡Transformando de pronto el azul en delirios
y ritmos lentos bajo la mutación del día
más fuertes que el alcohol, más vastos que la lira,
fermentando los rojos amargos del amor.

Sé de cielos que estallan en rayos; sé de trombas,
resacas y corrientes: ¡sé de la noche y del alba
exaltada como un palomar, y he visto
algunas veces, lo que el hombre creyó ver!


¡He visto en el ocaso, manchado de horror místico,
el sol iluminando coágulos violeta,
igual que los actores de los dramas antiguos,
a las olas que huían con sus fiebres secretas!

¡Soñé la noche verde de nieves deslumbrantes,
besos que suben lentos a los ojos del mar,
las savias inauditas correr, y el despertar
amarillo y azul de fósforos cantores!

¡Seguí durante meses, como un ganado histérico,
viendo asaltar las olas los firmes arrecifes
sin pensar que los pies luminosos de las Marías
pudiesen tirar de los océanos asmáticos!

¡He embestido, sabéis, increíbles Floridas,
ojos de pantera con piel humana, mezclando
a las flores! ¡Arcos iris tendidos como riendas
bajo el horizonte marino, de verdosos tropeles!

He visto fermentar los enormes pantanos,
trampas en cuyos juncos se pudre un Leviatán;
derrumbarse las aguas en medio de bonanzas
en abismos lejanos cayendo en catarata.

Soles de plata, olas de nácar, cielos de brasa,
glaciares, varaduras en los golfos traidores,
donde boas gigantes por chinches devoradas,
se caen de los árboles entre negros olores.

Hubiese querido enseñar a los niños, en las olas
esos peces de oro, esos peces cantores.
Espumas de colores mecieron mis derivas
y el inefable viento me ha prestado sus alas.

Mártir cansado a veces de polos y ecuadores,
el mar cuyo sollozo mi balanceo calma,
me alzó su flor de sombra de amarillas ventosas;
pero yo seguía, como mujer, de rodillas...

Casi una isla, de mi borda quitaba las querellas
y los excrementos de pájaros cantores de ojos rubios
y navegaba cuando por mi endeble cordaje
caminando hacia atrás bajaban los ahogados.

Y yo, barco perdido en la maraña de las algas,
que hacia el éter sin pájaros arrastró el huracán,
yo, a quien los monitores y veleros del Hansa
no hubiesen salvado el armazón, embriagado de agua.

libre, humeante, montado de brumas violetas,
yo, que agujereaba el cielo rojizo como un muro
que lleva, exquisita confitura para los poetas,
líquenes de sol y gargajos de azur,

que corría, manchado de lúnulas eléctricas,
tabla loca, escoltada por hipocampos negros,
cuando el verano hacía desplomar a bastonazos
el cielo ultramarino en los ardientes campos;

yo que temblé oyendo gemir a cincuenta leguas,
el celo del Behemot y los Maelströms inquietos,
hilandero sin fin de azuladas inquietudes,
siento nostalgia de la Europa de viejos parapetos.

¡He visto los archipiélagos siderales! Islas
en las que los cielos delirantes están abiertos al viajero:
—¿Es en estas noches sin fondo que tú duermes y te destierras,
millón de pájaros de oro, oh futuro vigor?

¡Pero, de verdad, lloré demasiado! Las albas son desoladoras.
Toda luna es atroz y todo sol amargo:
El acre amor me ha hinchado de torpes embriagueces,
¡Oh, que mi quilla estalle! ¡Oh, que me hunda en el mar!

Si deseo el agua de Europa, es sólo el charco
negro y frío donde, en el crepúsculo embalsamado
un niño agachado lleno de tristeza, suelta
un frágil barco, como una mariposa reciente.

Bañado por vuestras languideces, no puedo ¡oh olas!
arrancar su estela a los portadores de algodones,
ni pasar a través de orgullosas banderas,
ni nadar bajo los horribles ojos de los pontones.


Arthur Rimbaud (Francia, Charleville, 1854-Marsella, id., 1891)


(Traducción: J.F. Vidal-Jover
Libros Río Nuevo, Barcelona,
1978 + Raúl Gustavo Aguirre)
(Gentileza: Carlos Leites)
LE BATEAU IVRE

Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus guidé par tes haleurs:
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

J'étais insoucieux de tous les équipages,
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
Les Fleuves m'ont laissé descendre où je voulais.

Dans les clapotements furieux des marées,
Moi, l'autre hiver, plus sourd que les cerveaux d'enfants,
Je courus! Et les Péninsules démarrées
N'ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.

La tempête a béní mes éveils maritimes.
Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flots
Qu'on appelle rouleurs éternels de victimes,
Dix nuits, sans regretter l'oeil niais des falots!

Plus douce qu'aux enfants ta chair des pommes sures,
L'eau verte pénnétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin.

Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer, infusé d'astres, et lactescent,
Dévorant les azurs verts; où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend;

Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
Et rhythmes lents sous les rutilements du jour,
Plus fortes que l'alcool, plus vastes que nos lyres,
Fermentent les rousseurs amères de l'amour!

Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
Et les ressacs et les courants: je sais le soir,
L'Aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes,
Et j'ai vu quelquefois ce que l'homme a cru voir!

J'ai vu le soleil bas, taché d'horreurs mystiques.
lluminant de longs figements violets,
Pareils à des acteurs de drames très antiques
Les flots roulant au loin leurs frissons de volets!

J'ai rêve la nuit verte aux neiges éblouies,
Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs,
La circulation des sèves inouïes,
Et l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs!

J'ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries
Hystériques, la houle à l'assaut des récifs,
Sans songer que les pieds lumineux des Maries
Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs!

J'ai heurté, savez-vous, d'incroyables Florides
Mêlant aux fleurs des yeux de panthéres à peaux
D'hommes! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
Sous l'horizon des mers, à de glauques troupeaux!

J'ai vu fermenter les marais énormes, nasses
Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan!
Des écroulements d'eaux au milieu des bonaces,
Et les lointains vers les gouffres cataractant!

Glaciers, soleils d'aryent, flots nacreux, cieux de braises!
Échouages hideux au fond des golfes bruns
Où les serpents géants dévorés des punaises
Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums!

J'aurais voulu montrer aux enfants ces dorades
Du flot bleu, ces poissons d'or, ces poissons chantants.
Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
Et d'ineffables vents m'ont ailé par instants.

Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,
La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
Montait vers moi ses fleurs d'ombre aux ventouses jaunes
Et je restais, ainsi qu'une femme à genoux...

Presque île, ballottant sur mes borde les querelles
Et les fientes d'oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds.
Et je voguais, lorsqu'à travers mes liens frêles
Des noyés descendaient dormir, à reculons!

Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
Jeté par l'ouragan dans l'éther sans oiseaux,
Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
N'auraient pas rêpeché la carcasse ivre d'eau;

Libre, fumant, monté de brumes violettes,
Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
Qui porte, confiture exquise aux bons poètes,
Des lichens de soleil et des morves d'azur;

Qui courais, taché de lunules électriques,
Planche folle, escorté des hippocampes noirs,
Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques
Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs;

Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues
Le rut des Béhémots et les Maeistroms épais,
Fiteur éternel des immobilités bleues,
Je regrette l'Europe aux anciens parapets!

J'ai vu des archipels sidéraux! et des îles
Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur;
— Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t'exiles,
Million d'oiseaux d'or, ô future Vigueur?

Mais, vrai, j'ai trop pleuré! Les Aubes sont navrantes.
Toute lune est atroce et tout soleil amer:
L'âcre amour m'a gonflé de torpeurs enivrantes.
O que ma quille éclate! O que j'aille à la mer!

Si je désire une eau d'Europe, c'est la flache
Noire et froide où vers le crépuscule embaumé
Un enfant accroupi plein de tristesses, lâche
Un bateau frêle comme un papillon de mai.

Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,
Enlever feur sillage aux porteurs de cotons,
Ni traverser l'orgueil des drapeaux et des flammes,
Ni nager sous les yeux horribles des pontons.



(Contraportada de la edición de su Obra Completa, en Libros Río Nuevo, Barcelona, 1978):
Arthur Rimbaud, poeta francés, nacido en Charleville el día 20 de octubre de 1854. Murió 37 años más tarde, en el Hospital de la Concepción, en Marsella, el día 10 de noviembre de 1891. Caso insólito en la historia de la poesía, Rimbaud, que tuvo una infancia brillante, produjo su obra en el espacio de cuatro años, los que van de los 16 a los 20. A esta edad su obra está hecha; y su vida podría decirse que acabada. En adelante será una aventura, fiel a las ideas que generaron su poesía. En el corto curso de esos cuatro años, el poeta recorre el largo camino que va, desde los bordes del absurdo, a los espacios abiertos del infinito. No es, pues, de extrañar que todo ello desemboque en una visión fantasmagórica de la realidad. Cuando se intenta explicar las fantasías de un vidente que espera haber alcanzado este estado por los caminos menos concretos y permitiéndose todas las libertades no puede cohibimos ninguna preocupación estrictamente afincada en la tradición retórica. A pesar de su postura nihilista, absurda, anarquista participante en la Comuna—, que le convierten en un precursor de la rebeldía de la juventud de nuestro tiempo, sus restos reposan en el cementerio católico de Marsella, ya que murió dentro del más estricto respeto a la religión.



No hay comentarios: