sábado, 25 de abril de 2009

LAS VIEJECITAS

A Victor Hugo

I

En los pliegues sinuosos de viejas capitales

donde aun el horror nos puede enamorar,
yo acecho, obedeciendo mis humores fatales,
a unos seres decrépitos de encanto singular.

Figuras dislocadas, fueron hembras un día,
Eponina o Laís. Monstruos rotos, torcidos
o jibosos, ¡amémoslos! Son almas todavía.
Bajo el abrigo escaso de sus trapos raídos

reptan, por los inicuos vientos atormentadas;
el derrumbe del ómnibus aumenta sus temblores,
y aprietan sobre el seno cual reliquias amadas
un saquito bordado de arabescos o flores.

Trotan, trotan igual que flacas marionetas;
como bestias heridas arrastrándose van,
o danzan sin querer danzar, cual morisquetas
de un Demonio sacrílego. Tan rotas como están,

sus ojos nos traspasan con filo de barrena,
lúcidos como el agua nocturna que se anilla
en los charcos; los ojos divinos de la nena
que se asombra y se ríe de todo lo que brilla.

-¿Habéis visto que muchos ataúdes de vieja
son casi tan pequeños como el de una criatura?
¿La Muerte en estos féretros similares nos deja
gustar un raro símbolo de seducción oscura,

y cuando yo entreveo esa débil figura
atravesar el cuadro de París hormigueante,
se me ocurre pensar que esa frágil criatura
va en busca de su cuna con paso vacilante;

salvo que, meditando sobre la geometría,
al mirar esos miembros discordes no me inquiera
cuántas veces será que el obrero varía
la forma de la caja que esos cuerpos espera.

Sus ojos, pozos hechos de lágrimas sin nombre,
crisoles que un metal enfriado consteló...
¡son ojos de invencibles encantos para el hombre
a quien el Infortunio austero amamantó!


II

Del antiguo Frascati vestal enamorada;
devota de Talía, cuyo nombre aprendió
sólo el apuntador, que está muerto; olvidada
a quien Tivoli un día en su flor cobijó,

todas me embriagan, pero de entre estas pobres gentes
hay algunas que haciendo una miel de su duelo
han dicho al Sacrificio y a sus alas ardientes:
"¡Poderoso hipogrifo, condúceme hasta el cielo?"

Una, a la desventura por su patria avezada,
otra a la que el esposo sobrecargó de espanto,
la otra, por su hijo Madona traspasada,
¡todas podrían hacer un río con su llanto!


III

¡Ah, de estas viejecitas, a cuántas he seguido!
Una, entre otras, a la hora en que el sol baja
ensangrentando el cielo con un color herido,
se sentaba en un banco, aparte, cabizbaja,

a oír a los soldados de retreta, el concierto
cuyos cobres inundan los jardines urbanos
y en las tardes de oro reviven algún cierto
heroísmo en el corazón de los ciudadanos.

Ella se puso firme, y ávidamente husmeaba
aquel canto guerrero y vivo;¡el ojo aquel
era el ojo de un águila vieja que llameaba
en su frente de mármol hecha para el laurel!


IV

Así es que estoicamente vais poniendo las plantas
atravesando el caos de la ciudad viviente,
madres de pecho abierto, cortesanas o santas
cuyos nombres antaño conocía la gente.

Fuisteis quiza la gracia, fuisteis quizá la gloria,
¡ya nadie os reconoce! Un borracho incivil
os insulta al pasar con lascivia irrisoria
o un niño, a vuestra espalda, os hace un gesto vil.

Sombras avergonzadas de existir, arrugadas,
temerosas, dobladas, pegadas a los muros
y a quien nadie saluda, ¡rarezas ya olvidadas!
Restos humanos para la eternidad maduros!

Pero yo que de lejos tiernamente os vigilo,
la vista a vuestros pasos inseguros atenta,
tal como si yo fuera vuestro padre, en sigilo,
placeres clandestinos gusto sin que os deis cuenta.

Veo expandirse vuestros corazones novicios;
vivo la luz y sombra de vuestras latitudes;
mi ser multiplicado goza con vuestros vicios
y en mi alma resplandecen todas vuestras virtudes.

¡Oh ruinas! ¡Mi familia! ¡Hermanas solitarias!
¡Cada tarde os despido con un solemne adiós!
¿Dónde estaréis mañana, Evas octogenarias,
marcadas por la garra espantosa de Dios?


Estampas parisinas,
de Las Flores del mal

Charles Baudelaire (Francia, París, 1821- 1867)

(Traducción de Alejandro Bekes
y Lucrecia Lessa)
Les Petites Vieilles

À Victor Hugo
I

Dans les plis sinueux des vieilles capitales,
Où tout, même l'horreur, tourne aux enchantements,
Je guette, obéissant à mes humeurs fatales,
Des êtres singuliers, décrépits et charmants.

Ces monstres disloqués furent jadis des femmes,
Eponine ou Laïs! Monstres brisés, bossus
Ou tordus, aimons-les! ce sont encor des âmes.
Sous des jupons troués et sous de froids tissus

Ils rampent, flagellés par les bises iniques,
Frémissant au fracas roulant des omnibus,
Et serrant sur leur flanc, ainsi que des reliques,
Un petit sac brodé de fleurs ou de rébus;

Ils trottent, tout pareils à des marionnettes;
Se traînent, comme font les animaux blessés,
Ou dansent, sans vouloir danser, pauvres sonnettes
Où se pend un Démon sans pitié! Tout cassés

Qu'ils sont, ils ont des yeux perçants comme une vrille,
Luisants comme ces trous où l'eau dort dans la nuit;
Ils ont les yeux divins de la petite fille
Qui s'étonne et qui rit à tout ce qui reluit.

— Avez-vous observé que maints cercueils de vieilles
Sont presque aussi petits que celui d'un enfant?
La Mort savante met dans ces bières pareilles
Un symbole d'un goût bizarre et captivant,

Et lorsque j'entrevois un fantôme débile
Traversant de Paris le fourmillant tableau,
Il me semble toujours que cet être fragile
S'en va tout doucement vers un nouveau berceau;

À moins que, méditant sur la géométrie,
Je ne cherche, à l'aspect de ces membres discords,
Combien de fois il faut que l'ouvrier varie
La forme de la boîte où l'on met tous ces corps.

— Ces yeux sont des puits faits d'un million de larmes,
Des creusets qu'un métal refroidi pailleta...
Ces yeux mystérieux ont d'invincibles charmes
Pour celui que l'austère Infortune allaita!

II

De Frascati défunt Vestale enamourée;
Prêtresse de Thalie, hélas! dont le souffleur
Enterré sait le nom; célèbre évaporée
Que Tivoli jadis ombragea dans sa fleur,

Toutes m'enivrent; mais parmi ces êtres frêles
Il en est qui, faisant de la douleur un miel,
Ont dit au Dévouement qui leur prêtait ses ailes:
Hippogriffe puissant, mène-moi jusqu'au ciel!

L'une, par sa patrie au malheur exercée,
L'autre, que son époux surchargea de douleurs,
L'autre, par son enfant Madone transpercée,
Toutes auraient pu faire un fleuve avec leurs pleurs!

III

Ah! que j'en ai suivi de ces petites vieilles!
Une, entre autres, à l'heure où le soleil tombant
Ensanglante le ciel de blessures vermeilles,
Pensive, s'asseyait à l'écart sur un banc,

Pour entendre un de ces concerts, riches de cuivre,
Dont les soldats parfois inondent nos jardins,
Et qui, dans ces soirs d'or où l'on se sent revivre,
Versent quelque héroïsme au coeur des citadins.

Celle-là, droite encor, fière et sentant la règle,
Humait avidement ce chant vif et guerrier;
Son oeil parfois s'ouvrait comme l'oeil d'un vieil aigle;
Son front de marbre avait l'air fait pour le laurier!

IV

Telles vous cheminez, stoïques et sans plaintes,
À travers le chaos des vivantes cités,
Mères au coeur saignant, courtisanes ou saintes,
Dont autrefois les noms par tous étaient cités.

Vous qui fûtes la grâce ou qui fûtes la gloires,
Nul ne vous reconnaît! un ivrogne incivil
Vous insulte en passant d'un amour dérisoire;
Sur vos talons gambade un enfant lâche et vil.

Honteuses d'exister, ombres ratatinées,
Peureuses, le dos bas, vous côtoyez les murs;
Et nul ne vous salue, étranges destinées!
Débris d'humanité pour l'éternité mûrs!

Mais moi, moi qui de loin tendrement vous surveille,
L'oeil inquiet, fixé sur vos pas incertains,
Tout comme si j'étais votre père, ô merveille!
Je goûte à votre insu des plaisirs clandestins:

Je vois s'épanouir vos passions novices;
Sombres ou lumineux, je vis vos jours perdus;
Mon coeur multiplié jouit de tous vos vices!
Mon âme resplendit de toutes vos vertus!

Ruines! ma famille! ô cerveaux congénères!
Je vous fais chaque soir un solennel adieu!
Où serez-vous demain, Eves octogénaires,
Sur qui pèse la griffe effroyable de Dieu?




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